b. 1993, Metz
live and works in Paris









Texts





Eloïse Froehly


Quand je suis en présence d’une œuvre de Louise : je suis dans une grotte, je suis dans une boîte à chaussures, je suis au fond d’une chaussette, je suis à la surface de Vénus. Dans un creux quelque chose scintille. Prise dans l’inquiétude de toujours trouver quelque chose de précieux, je suis rassurée de ne rien connaître et de savoir que certainement tout m’échappe. Dans le noir je suis happée par une bête silencieuse et terrible qui me réconforte. Nous esquissons des mouvements silencieux, nos lèvres bougent, aucun son n’en sort. Nous disons toute l’histoire de ce que nous n’avons jamais vécu. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi beau, on ne fait que grogner.

Dans cette minuscule faille ouverte par l’œuvre il y a tout, une étendue criante où je me sens partout sans jamais y pénétrer. Ici tout frémit devant moi et je frémis aussi.









Thomas Maestro - Extraits du dossier de presse du CAC Brétigny - Exposition «lunulae #1»



Louise Hallou crée des installations d’objets disparates, qu’elle active le plus souvent lors de performances. L’on peut observer d’étranges tiges métalliques auxquelles sont attachées des bandes de plastique multicolores, des surfaces plates réfléchissantes, des prothèses de doigts en scotch, des morceaux de fruits : autant de petits objets qui peuvent paraître insignifiants mais qui ont ici l’importance de trésors... L’artiste travaille avec ces éléments et matériaux précaires comme si elle agençait des termes de vocabulaire pour varier les significations.

Lors de ses performances, l’artiste manipule tour à tour les objets pour en faire des pièces de costume ou leur donner une autre forme. Ils deviennent une nouvelle peau ou des membres supplémentaires recouvrant son corps et suggérant une transformation. La peau de Louise Hallou est également importante. Elle est le support de mystérieux tatouages au feutre qu’elle trace sur ses bras, son visage ou la plante de ses pieds. Ces écritures apparaissent aussi sur l’intérieur de la peau de fruits épluchés, comme si elle avait réussi à inscrire un secret sous leur surface visible. Assister à ces performances c’est être spectateur·rice d’une transformation progressive de l’espace, de l’installation et du corps de la performeuse.

Le travail du son des performances est l’occasion pour elle de collaborer avec des artistes et de mélanger les influences, entre cultures populaires et underground. Ainsi, pour Home Run Break Fast, performance située entre l’univers du baseball et du petit-déjeuner, elle collabore avec Talita Otović. Elles imaginent ensemble une bande-son spatialisée rappelant les sonorités du gabber - un style de musique électronique rapide et radical - mais aussi des grottes.

Les espaces souterrains sont récurrents dans le travail de Louise Hallou. Elle s’intéresse aux grottes préhistoriques, mais les considère aussi comme les lieux d’émergence de communautés secrètes et marginales. Pour l’artiste, le souterrain est aussi le lieu où s’opèrent des transformations identitaires intérieures.




“My own reflection”

Louise Hallou utilise les limites qui séparent et protègent le corps de son environnement extérieur. Lors des performances qui activent ses installations, l’artiste modifie son apparence lorsqu’elle revêt des vêtements portant symboles et mots mystérieux, ou utilise sa peau pour y inscrire des tatouages au feutre. Le titre de l’installation-performance, My own reflection, pouvant être traduit en français par «Ma propre réflexion», est un jeu de mots entre l’activité intellectuelle et l’image de soi que chacun·e construit pour la refléter aux autres, manipulant les frontières de son intimité et distillant ses secrets.